Se mettre à la photo de rue

Se mettre à la photo de rue et moi et moi et moi, à Paris (droit à l’image, X100S, les gens)

Depuis quelques jours, je me suis mis à pratiquer un genre photo qui m’a toujours énormément séduit, mais qui m’intimide encore plus : la photo de rue.

Je n’ai pas de temps à perdre à discuter sans fin de ce qu’est ou n’est pas la photo de rue, je laisse ça aux trollsexperts, et je dirai que la photo de rue, pour moi et pour le moment, c’est photographier des gens dans la rue. Voilà.

Oser la photo de rue, quand tu es gros (donc pas discret) et timide

Je n’ai jamais vraiment osé m’y mettre, à part le cliché occasionnel, pour deux raisons qui n’ont rien de flatteur — j’espère juste qu’en parler pourra servir à quelqu’un d’autre :

  • D’abord, parce que lors de toute ma première sortie photo parisienne — c’était mon premier jour à Paris, en 2000 — je me suis fait engueuler comme du poisson pourri par la dame que je venais de photographier. Pour le coup une superbe photo, celle-là, mais la dame n’a cessé, entre deux insultes, d’exiger que je détruise la photo, que lorsque je lui ai poliment suggéré d’appeler la police. Tu parles d’une première fois… Du coup, j’ai la trouille.
  • Ensuite, parce que je suis gros (même si je ne ressemble pas à une boule, je suis massif et on me voit de loin) et parce que je suis maladivement timide.

Bref, il y a quelques jours de ça j’ai réalisé que dans les deux cas j’avais tort et — ce qui est probablement pire que de se tromper — que j’étais le seul à en pâtir. Le monde entier se foutant complètement de savoir si, oui ou non, je faisais les photos dont j’avais envie, j’étais le seul à me sentir frustré. Une véritable révélation, et tant pis si ça fait marrer.

Je me suis donc équipé de mon fidèle X100S et j’ai commencé à me promener dans les rues de Paris avec un objectif simple : oser photographier des gens, pas la rue, pas les bâtiments, etc. Non, des gens. (Objectif annexe : marcher, pour rééduquer ma jambe et mon pied qui n’en finissent plus de me rappeler qu’ils sont amochés.)

Pour limiter le risque d’engueulades pour ma première sortie — sans exagérer, depuis quinze ans, je pense à cette dame colérique chaque fois que je sors avec un appareil photo — j’ai un peu triché : en limitant ma promenade à quelques quartiers hypertouristiques, où apercevoir quelqu’un avec un appareil photo ne choque (presque) plus personne. Le tout petit X100S passant également à peu près complètement inaperçu (surtout couvert de gaffer, comme le mien), dans la masse de reflex aux téléobjectifs plus imposants les uns que les autres.

2015 0302 171445 2 J’ai toujours couvert mes appareils de gaffer, pour masquer leur marque et les rendre plus discrets et moins séduisants pour un éventuel voleur. Mais je n’ai jamais été aussi triste de le faire que sur le X100S, qui est si beau.

Le premier jour mon objectif était simple, je l’ai dit : oser déclencher. Je suis revenu avec une centaine d’images, dont aucune n’était bonne, mais c’est peu dire j’étais ravi de pouvoir admirer mes photos de tant de visages inconnus.

Le lendemain, après avoir pris le temps d’analyser les photos de la veille et de repérer les plus gros problèmes, l’objectif était double :

  • M’approcher un peu plus. Et là encore le X100S s’est révélé génial : pas de zoom, tu es obligé de t’approcher de ton sujet, que tu le veuilles ou non.
  • Travailler uniquement à l’hyperfocale, et sans AF donc, pour ne plus perdre de précieuses (nano)secondes à faire la mise au point. J’y reviendrai dans un autre article, si ça vous intéresse.

Les photos de cette seconde journée étaient un peu moins nulles, mais toujours rien de bon. Rien, comme dans zéro, donc. Mais je m’étais encore rapproché, ça se sentait dans les cadrages moins pauvres. J’avais réussi à maitriser, si l’on peut dire ça vu les contraintes, l’hyperfocale sur le X100S malgré son absence de véritable bague de mise au point manuelle.

Ce matin, troisième jour et troisième sortie avec un seul objectif : encore plus près. Je n’ai toujours ramené aucune bonne image, aucun “instant décisif” — par contre, qu’est-ce que j’ai ramené d’instants “bordel t’es con, si t’avais appuyé un instant plus tôt/plus tard” —, mais je suis encore plus enthousiaste qu’il y a trois jours. Et ma jambe semble partager mon ethousiasme : elle n’a pas encore déclaré forfait.

Au niveau des réactions, si j’ai bien noté quelques regards crispés ou suspicieux, voire carrément hostiles, j’ai aussi noté un bon paquet de sourires et de regards curieux — et ça c’est une surprise — dont une poignée a débouché sur une prise de contact plutôt encourageante.

Il semblerait aussi que ma timidité me foute la paix quand je suis dans le bon état d’esprit “photographique” — quand j’oublie de penser à moi et à la foule autour, pour ne m’intéresser qu’à ce qui entre et sort du cadre.

En même temps que cette indifférence — qui a peur des contradictions ? — je remarque aussi que je prête plus attention à la réaction des personnes et que j’essaye de répondre à un regard par un sourire, par un clin d’oeil ou par un petit geste. Des petites choses qui peuvent désamorcer un début d’inquiétude ou transformer un élan de mauvaise humeur en de la curiosité.

Je n’ai eu que deux ou trois engueulades sérieuses — quelque chose que j’ai décidé de déléguer à mes plus fidèles alliés : mon physique d’armoire à glace et mon sourire en coin. Pour l’instant, ça marche 😉

Photos de rue et droit à l’image

Je vous le disais : mon objectif est d’abord de vaincre ma timidité et de photographier des gens dans la rue. On verra ensuite si la photo de rue et moi c’est (le commencement d’)une belle amitié.

Reste les photos elles-mêmes. Si elles sont toutes mauvaises, certaines me semblent prometteuses. Assez pour que je veuille avoir l’avis d’autres photographes. Internet est idéal pour ça.

Sauf qu’il ya le droit à l’image qui, en France du moins, nous explique, mais pas toujours clairement, ce que l’on a le droit de faire ou pas avec une photo de quelqu’un. Je cite Wikipédia :

toute diffusion publique d’une photographie par voie de presse ou autre (site internet, télévision, revue, journaux, blogs etc.), le diffuseur doit obtenir l’autorisation expresse de diffusion de la ou les personnes concernées.
Si le sujet de la photographie est une personne, celle-ci, fût-elle inconnue, possède un droit de s’opposer à l’utilisation de son image. Ce droit est assimilé à la notion de vie privée bien que le droit à l’image ne soit pas une construction juridique clairement définie en soi. Avant de pouvoir utiliser la photographie concernée, il faut s’assurer que la personne photographiée ne se prévaut pas du respect de sa vie privée et de son image et qu’elle ne s’oppose pas à la communication, la diffusion, la publication de cette image. Ce droit à l’image déborde le seul cadre de la sphère privée. Des personnes se sont opposées à la publication d’une photographie les représentant dans un lieu public, dès lors qu’elles apparaissent comme étant le sujet de l’œuvre, en raison d’un cadrage ou d’un recadrage. D’autres, dans une photographie de groupe, lors d’une manifestation de rue, ont exigé que leurs traits soient rendus inidentifiables.
La personne dont l’image est en cause peut agir pour s’opposer à l’utilisation de son image en demandant aux tribunaux d’appliquer l’art.9 du code civil qui consacre le droit de tout individu au respect de la vie privée. Il faut toutefois pour cela que la preuve de l’existence d’un préjudice constitutif d’une atteinte à la vie privée soit faite.
Contrairement à une fausse idée répandue[réf. souhaitée], ce n’est pas la prise de photo sur la voie publique qui est éventuellement condamnable, mais la diffusion ou la publication de photographies où une personne est aisément reconnaissable, sans préjudice du droit à l’information où l’autorisation n’est pas nécessaire. Tout photographe qui ne se contente que de prises de vues pour son seul usage personnel et privé ne viole pas la loi ni civile ni pénale.
(Wikipédia : Droit à l’image)

Si je n’hésite plus à donner mon adresse email ou à prendre celle des personnes intéressées de recevoir leur photo, je ne me trimballe pas non plus avec une pile d’autorisations de publication, histoire de courir derrière chaque passant et lui demander s’il veut bien la signer, merci t’es trop chou mon lapin, on t’as déjà dis que t’avais de beaux yeux ?

Difficile, donc, de publier la moindre image, vu qu’il y a sur chacune d’elle la belle tronche de l’un ou l’une de mes conctitoyen(ne).

Le respect de la vie privée, oui. Mais en rue, c’est-à-dire dans un espace public ? Dans des rues qui, de toute façon, sont de plus en plus contrôlées par des caméras de surveillance ?

Paris a toujours été célébré la photo, on se presse dans les expositions. Je me demande quand même ce qu’on exposera comme photos de rue, dans quelques années ?

Droit

Si je la photo de rue vous intéresse, si vous ne le connaissez pas déjà, le blog de Bernard Jolivalt est une mine — y compris en ce qui concerne le droit à l’image.