Ce qui est passionnant — en dehors de la prouesse technologique d’avoir construit un appareil dont la durée de vie (et de fonctionnement) a dépassé toutes les espérances de ses concepteurs (la mission était, au départ, d’étudier Jupiter et Saturne) — c’est bien la polémique elle-même autour de la position de Voyager 1 par rapport au système solaire.
Est-elle sortie du système solaire ? Est-elle sortie de l’héliosphère ? Est-elle entrée dans l’espace intersidéral ou doit-elle d’abord franchir le nuage de Oort — qu’elle atteindra dans ~300 ans et dont elle sortira dans ~30.000 ans ? — avant d’entrer dans l’espace intersidéral ?

Position estimée du nuage de Oort, par rapport au système solaire (une toute petite zone, dans le tout petit bidule, au centre de l’image en bas à gauche).
En fait, personne n’en sait rien : personne n’est jamais allé voir où s’arrêtait le système solaire, ou encore la zone d’influence du soleil (avec ses vents solaires et la gravitation). Avec ses 18 milliards de km au compteur, Voyager 1 est l’appareil terrestre qui a voyagé le plus loin (si l’on excepte les signaux radio) et ce sont les données qu’elle parvient encore faiblement à nous envoyer qui permettront, peut-être, d’y voir plus clair.
Toutes les affirmations — oui, il a quitté le système solaire/non il ne l’a pas quitté — que répètent (sans se priver de les déformer) les journaux ne sont en fait que des estimations, des hypothèses de la part des scientifiques.
Il faut dire que dans un monde saturé de certitudes, d’évidences et de vérités, ce sont deux mots qui vont bien mal ensemble : science et incertitude.
Et cette polémique (toute relative : personne ne défile dans les rues, prêt à étriper le clan d’en face) est révélatrice de notre horreur de l’incertitude — il faut savoir si Voyager est sorti, ou s’il ne l’est pas. Donc, il faut pouvoir décider où commence l’espace intersidéral et où s’arrête la frontière de notre système solaire.
On dirait de la géopolitique, ou de la diplomatie appliquée aux étoiles : si le système solaire a une identité qui lui est propre, où finit son domaine d’influence et où commence celui des autres étoiles ? Comment reconnaître la frontière ? Y a-t-il un territoire neutre, l’espace intersidéral, qui échapperait à l’influence des étoiles (où ces influences s’annuleraient ?) qui serait comme une espèce de Suisse cosmique ?
Sur le même sujet (la peur de l’incertitude) : Canaris et déchets nucléaires.
