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In the early 80s Keith Haring created hundreds of drawings in the New York subway system. He used chalked to paint on unused advertising space, which was covered with black sheets of paper. (…)

(…) a hobby that Haring later called a responsibility fueled his early work. Cultivating the project remained an important activity for him until 1985, long after he had achieved international critical and commercial success.

Often produced before an audience of commuters, which might include police who could ticket him for vandalism, the drawings emerged at a rate of sometimes 40 a day. When not torn or cut from their locations by admirers, they would eventually be covered with new ads. The routine disappearance of these works, in fact, became an incentive for their replenishment and a catalyst for constant reinvention.

This is why Keith Haring got arrested numerous times

(Évidemment, on ne manquera pas de noter, comme le fait l’auteur, que certaines de ces oeuvres périssables ont été soigneusement documentées par un photographe… Mais peu importe, la plupart (se) sont effectivement perdues sans laisser de traces. )

Perdre, effacer, disparaître. Oublier. Supprimer. C’est presque devenu une impossibilité — voire même un crime — dans notre monde numérique qui vit de la duplication (synchronisation des données sur toutes les machines et en ligne… et à la NSA), de la préservation (backups), de la multiplication (du volume de données) et la quantification (espionnage de soi-même avec le quantified self, espionnage policier, étatique et marketing) d’absolument tout ce que nous faisons, à chaque instant de notre vie.

Le numérique est-il une condamnation au souvenir (de tout) à vie ? Pour en faire quoi ?

Qu’en est-il du côté éphémère dont Haring semblait apprécier l’importance, pour se renouveler et aller de l’avant ? Ce n’est pas anecdotique de savoir que certaines choses vont disparaître. Droit à l’erreur, ou quelque chose comme ça. Expérimentations, esquisses.

Cette préservation de tout, que promet le numérique, risque de nous transformer en nos propres petits musées personnels, véritables autels portatifs à la gloire de nous-mêmes. Mais quel est l’intérêt d’un musée où tout serait mis au même niveau : La Joconde, la vidéo du premier bisou de Leonard de Vinci, le compte exact des pas qu’il a faits durant sa vie, la photo de chaque repas qu’il a pris, ou le nom de toutes les personnes dont il a croisé le chemin ?

Toutes proportions gardées, cela rejoint ce que nous évoquions brièvement avec Tugais : est-il vraiment nécessaire de préserver tout ce que l’on fait ? En ce qui concerne mes notes écrites, la réponse est clairement non.

C’est aussi pour ça que je peux me passer de numérique pour la prise de notes. Je n’ai tout simplement pas besoin d’avoir ces notes en permanence sous les yeux, ni partout. Ça me ferait plutôt l’impression de ne jamais sortir de chez moi, d’être toujours enfermé entre les mêmes murs qui me suivraient partout.

Et si, presque chaque soir, je feuillette chaque page des carnets, je m’arrête souvent aux premiers mots qui suffisent à me rappeler ce que j’ai noté. Et de ce souvenir, c’est déjà un autre texte qui naît sur le clavier de l’ordinateur. Et si, au passage, j’oublie des notes ou des détails, c’est peut-être mieux comme ça.

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