Lancez-vous !

Pendant que les puissants de ce monde — accrochés aux basques des puissants du monde de demain — définissent ce que devrait être Internet et à quelles règles il devrait se plier, je me suis (très égoïstement et avec un plaisir non dissimulé) plongé dans ce numéro spécial de BoingBoing, qui reprend des extraits des anciens numéros de ce qui fut d’abord un fanzine (ouais, un truc imprimé sur du papier) avant d’être le site Web que nous connaissons tous.

C’est marrant, en lisant les premières pages, je suis tombé sur cette citation de Jeanne Carstensen qui, malgré qu’elle date de 1987, me fait furieusement penser à ce qu’était Internet avant que l’industrie des loisirs et de la finance décident d’en faire leur machine à vendre :

“So start your own magazine. Engage the best writers and artists (you and your friends) and distribute it to the most influential opinion leaders (you and your friends). Exercise your right to rave. After all, that’s what professional writers do. They just get paid for it. You can do it too. ʻʼZinesʼ are wildly partisan small magazines of the fanatic, or devoted, depending on your view of the subject matter. They’re unabashedly noncommercial – true labors of love and don’t seem to conform to any standard of quality except their own.

En français, une fois traduit par votre serviteurle charcut-O-Matic, ça pourrait donner :

Lancez votre magazine. Embauchez les meilleurs auteurs et artistes (vous et vos amis) et distribuez-le aux personnes les plus influentes (vous et vos amis). Faites valoir votre droit à l’enthousiasme. Après tout, c’est ce que font les auteurs professionnels, à la différence qu’ils sont payés pour ça. Vous aussi, vous pouvez le faire. Les fanzines ce sont ces petits magazines totalement partisans, pour les fans, ou les passionnés, qui dépendent de votre avis sur le sujet dont ils traitent. Sans la moindre gêne ils sont non-commerciaux, pur fruit du travail de passionnés, ils ne semblent se plier à aucun standard de qualité, à part le leur propre.

C’est marrant, comme je vous le disais, en lisant ce passage j’ai pensé que ça résumait bien ce qu’était Internet, et que ça mériterait bien d’en faire un petit billet. Et là, en terminant d’écrire ce billet, je me dis que ça résume aussi (et plutôt pas trop mal) la façon dont je concevais mes magazines, à l’époque où je les dirigeais. Mais, c’est une vérité bien connue dans le fandom 1 : la plupart des ‘zines ne durent qu’un temps — avec en corolaire cette évidence, dont j’ai pu douter certains soirs de découragement, que je n’ai jamais été un “pro” mais toujours, au sens littéral du mot, un amateur, un passionné. Dieu merci 😉

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S’il y a une chose à tirer de ce plongeon dans un passé lointain, c’est bien cette certitude que l’occasion n’attend que vous. Saisissez-la. Il n’a jamais été aussi facile de toucher une audience. Saisissez-la, avant qu’Internet soit transformé en hypermarché virtuel planétaire dans lequel notre seul droit sera de consommer, en silence.

1: le fandom est l’ensemble des fanatiques (de science-fiction) qui se retrouvent durant les conventions, autour de magazines (et de fanzines, même si j’en connais peu à l’heure actuelle) ou encore dans certaine librairie… librairie que je vous recommande vivement de visiter si vous aimez ou aimeriez lire de la SF (et si vous n’avez pas pas peur de m’y croiser).

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