Ne pas signer ce qu’on écrit

Les membres du comité de rédaction sont élus chaque semaine par les actionnaires, la profession de chacun est mentionnée et le journal se décrit comme ouvert à tous les membres de la classe ouvrière désireux d’apporter leur contribution. L’unique condition est le respect de la ligne éditoriale. Il ne s’agit pas de faire du journal un bric-à-brac où chacun développerait ses opinions personnelles ; d’ailleurs, les articles ne sont pas signés car ils sont considérés comme le fuit (sic) d’une pensée collective.

À propos de L’Atelier, un ancien journal socialiste collaboratif (1840-1850), dont j’ai appris l’existence en lisant cet article : Le passé de l’avenir socialiste, sur Médiapart — ne me dites pas que vous n’êtes pas abonné ?

Cela m’a rappelé une discussion que nous avions avec @neiljomunsi, il n’y a a pas si longtemps, où on essayait d’imaginer un Web (et quelques autres choses) sans nom d’auteur sous chaque article — et comment on se heurterait (edit: entre autres choses) au besoin de reconnaissance qui est le nôtre.

4 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Alors pour le coup c’est marrant que tu parles de ça, j’ai un avis sur la question 😀 Je vais parler musique, c’est un peu différent tout en restant une production personnelle comme peut l’être un texte, ou un dessin. Donc voilà :

    On imagine souvent que créer est la porte d’entrée dans un monde merveilleux, où les muses garnissent tes cheveux (ou ce qu’il en reste, ahem) de fleurs et de rubans, blablabla. Je pense que tous ceux qui créent dans un domaine artistique seront d’accord pour dire que cela tient plutôt de la démangeaison. Et la production artistique est un soulagement : on se débarrasse de son art, et on passe à autre chose.

    Ce processus de libération serait incomplet si je ne le partageais pas. J’ai longtemps gardé pour moi les musiques que j’écrivais, et elles sont restées à prendre la poussière sur mon disque dur. Mais le fait est qu’elles sont toujours attachées à moi si je ne les envoie pas en ligne, que je les livre au regard des autres. Une fois publiées, en revanche, elles deviennent des objets extérieurs que je peux aimer pour ce qu’ils sont, et qui peuvent s’enrichir des critiques.

    Il est donc crucial qu’elles portent mon nom. De cette manière, je les extériorise complètement tout en reconnaissant ma paternité : il y a création lorsqu’il y a extraction d’un être à l’autre, et le fait de porter mon nom fait partie intégrante de la démarche.

    A présent, je vais éviter de me relire parce que je pense que je me suis un peu laissé emporter. ^^

    • Merci 🙂

      Note qu’il s’agit bien dans le cas de ce journal d’une signature collective et globale de tous les articles, pas d’un anonymat ou d’un abandon pur et simple.

  2. Pour l’anecdote, de nos jours, les papiers de « The economist », dont le projet est plutôt à l’opposé de ce vieil exemple, ne sont pas signés. Le magazine parle d’une seule voix. Et en France, les éditos du Monde ne le sont pas également (sauf cas exceptionnels, lorsqu’il s’agit du directeur qui prend la plume).