Le droit de lire (et de traduire)

Pour faire suite au match Gallimard vs Publie.net, je rebondis sur ce commentaire :

Malheureusement pour nous tous, Gallimard est dans son droit car « Le vieil homme et la mer » ne pourra pas tomber dans le domaine public avant 2032, ci-dessous l’analyse juridique qui le démontre

Gilles

Oui.

(Cela dit, dans son droit ou pas, la traduction de François enterre celle proposée par Gallimard — c’est dommage pour les lecteurs qui n’auront pas pu mettre la main dessus, je vous assure) mais, à n’en pas douter, les prochaines traductions seront certainement proposées ailleurs qu’en France.)

Et il reste la question, pour moi incompréhensible, d’avoir à plier à la demande d’un ayant droit sans qu’il y ait besoin de passer une décision de justice pour juger de la validité de ladite demande. « Casse-toi, ou je te casse la gueule ?« , c’est ça le copyright ?

C’est vraiment un cas d’école : comment un tout petit éditeur indépendant pourrait-il résister à la pression d’un géant comme Gallimard ? C’est aussi à ça que devrait servir le passage par la case « tribunal » : protéger les petits contre les excès (éventuels) des grands. Et même si la demande de Gallimard devait passer par un tribunal avant d’avoir la moindre légitimité, comment lutter à armes égales contre une entreprise qui pourrait se payer les meilleurs avocats disponibles pour aller dénicher la petite bête ?

La question est donc bien celle de la légitimité d’un copyright, de ce « droit de copie » qui, aujourd’hui, sert à enfermer une oeuvre dans les coffres de quelques-uns, au détriment de tout le monde. Les lois qui ont mené à cette situation sont mauvaises ou elles sont obsolètes. Dans les deux cas, elles doivent être réformées.

Même si ça énerve pas mal de monde (dont moi), on peut relire Stallman qui, avec tous les excès qu’on lui connaît, n’a jamais rien fait d’autre que nous avertir de ces dangers : inégalité devant des lois qui ne son plus écrites pour préserver l’égalité des citoyens, danger d’un droit mit au service de l’intérêt d’une poignée de puissants, danger de lois basées sur un état de la société et des technologies (de copie) qui ne correspond plus du tout à la société et à la technologie contemporaines.

Ou encore, relire Lessig : Culture Libre (Free Culture)

On devrait aussi mettre en parallèle ce cas concret, avec le lobbying qui pousse à voter des lois telles que LOPSI, HADOPI, SOPA, ACTA, etc. Parce que si une horreur telle que ACTA était jamais votée, ce conflit entre Gallimard et publie.net semblerait bien… anodin. (Même si je suis tout sauf un fan de Attali, je pense qu’il propose un des résumés les plus clairs des dangers de ACTA.)

Il y a d’autres textes encore, auxquels je ne pense pas sur le coup… On devrait mettre en commun nos lectures sur le sujet, ça vous dirait ?

flattr this!

10 commentaires » Ecrire un commentaire

  1. Cette polémique m’aura au moins incité à lire ce livre ! Merci m’sieu antoine (et surtout merci Monsieur François, parce que c’est la tienne que je vais déguster)

  2. Le droit d’auteur utilisé à excès est vraiment dommageable pour la culture en général (livre, musique…), il faudrait vraiment redéfinir ces droits pour qu’elle soit en phase avec les technologies et besoins d’aujourd’hui « sans qu’on soit obligé d’en passer par le piratage », mais là je crois que c’est trop demandé aux éditeurs, majors… De revoir leur gagne-pain qui marche si bien depuis toutes ces années (ce qui est bien la preuve qu’ils ne veulent pas nous cultivé, mais nous racketter). En attendant ce qu’ils veulent se procurer la traduction de François légalement la FNAC le propos encore à son catalogue http://www4.fnac.com/livre-numerique/a4064917/Francois-Bon-Le-vieil-homme-et-la-mer#FORMAT=ePub

  3. Je suis d’accord avec David que cette reculade de l’auteur de la seconde traduction est inquiétante. La seule chose dont on puisse se réjouir à ce stade (et j’espère définitivement), c’est que François Bon semble hors de danger juridiquement et financièrement.

    D’autre part, nous pouvons vraiment constater aujourd’hui que notre société de marketing a vécu, notamment grâce à la hausse du niveau général de l’éducation initiale dans notre population, et doit arriver à une terme plus humain. Je ne veux pas dire qu’une continuation de cet état de fait ne peux pas encore durer, mais AMHA il est surement condamné à terme, et surtout condamné par l’organisation et le bon vouloir quotidien des utilisateurs, qui fixerons le terme (progressif probablement, je ne crois pas aux révolutions), d’une société avant tout basée sur l’image de marque et la consommation aveugle.

    A titre d’exemples, l’esprit critique de David sur cet événement dont nous discutons, ou encore son avis sincère et critique également sur les produits apple même si il reste un fan et addict (moi aussi du reste ;-) )

  4. c’est le cas aussi pour les mangas ou animes …

    les versions des subteam sont très souvent de biens meilleurs qualité que la version française du distributeur officiel … difficile de trouver du travail de qualité une fois les droits achetés par un distributeur …

    ya meme des animes qui ont aucun intérêt traduit comme ca !

    c’est un frein à la commercialisation … pourtant c’est dans leur intérêt de faire ca correctement …

    enfin bon

    Sebastien

  5. La seule solution? Ne plus donner 1 eur, ou quasi, a tous ces types, et indirectement aux avocats, banquiers et institutionnels qui sont derriere, et, pour utiliser une image caricaturale, roulent en Porshe Cayenne sur notre dos, le piratage servant de bon pretexte pour pleurer….

    Conséquences macro-économiques majeures, lorsque tout est relié bout à bout (et pas seulement CE problème)? Une crise économique majeure, nourrie d’une crise des valeurs et des ressentiments, si ce n’est d’une certaine haine, in fine souvent légitime, du moins parfaitement comprénsible.

    Ce que l’être humain peut être stupide, hyper doué pour tuer à terme les poules aux oeufs d’or et les hommes de bonne volonté.

  6. Et concernant les droits d’auteurs en France:

    Ceux-ci ont été rallongés de manière conséquente il y a quelques années, sous la pression des majors et lobbies de tous poils. Vous rendez vous compte? De nombreuses oeuvres musicales et litteraires allaient tomber dans le domaine public!!!

    Mais rassurez-vous, d’ici aux échéances, la loi sera sans doute encore modifiée. Le pretexte à un rallongement infini des droits d’auteurs sera sans doute la conservation du patrimoine! Beau prétexte, au delà de certaines réalités qui supposent pourtant d’autres solutions…..

  7. La formulation de mon dernier commentaire est fonction de l’état de mes neurones: je me décharge de toute responsabilité et je mets en cause mon matériel!

    D

  8. Rétrolien : La logique erratique des (im)puissants de l’édition | geekunivers

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