Radius

Radius : un des os du bras humain. C’est aussi le premier « web-livre » des éditions Walrus.

Radius 1

Les camarades de chez Walrus (on joue cartes sur table) m’ont gentiment permis de découvrir Radius en avant-première, il y a quelques jours de ça. Radius, comme ils disent, c’est leur « 1er web-livre ».

  • Un web-livre, c’est le risque d’agacer le lecteur car on doit le lire en ligne — s’il est possible de télécharger tous les « chapitres » pour les lire hors-ligne, ce n’est pas aussi simple que de télécharger un ebook classique et, surtout, cela nous prive de l’interface et du menu du site Radius qui facilitent tant l’exploration. Donc, Radius, c’est sur Internet qu’il est le plus sympa à feuilleter, et c’est dans un navigateur Web qu’on le lira sans contrainte, pas dans une liseuse.
  • Un web-livre, c’est un livre à lire en ligne, mais c’est d’abord un livre, un volume, un texte. C’est-à-dire une histoire. Ce n’est pas une de ces prétentieuses guirlandes multimédias qui prétendent réinventer le livre en le maquillant sous une couche d’animations qui ne font que l’alourdir.
  • Radius, c’est une histoire de SF rédigée par sept auteurs, sous la direction (?) du scénariste-en-chef, Neil Jomunsi.
    Pour le lecteur, c’est un autre gros risque : suivre sept (ou huit) voix c’est risquer de ne pas en apprécier certaines et/ou de se perdre en chemin. Mais c’est aussi l’occasion d’en découvrir de nouvelles et d’aller là où on ne serait pas allé de soi-même. C’est l’occasion d’apprécier la façon dont ces auteurs travailleront ensemble — ou pas : le projet Radius permettra en effet de suivre tous les auteurs ou seulement certains… tout le temps que durera le projet. C’est-à-dire un an.
  • Un an. Radius est une histoire en cours. Son écriture va se dérouler sous nos yeux pendant toute une année — 12 mois ou 52 semaines, une durée qui semble plaire à Neil. Avec l’assurance de récupérer des ebooks classiques, ePub/Mobi, quand le projet arrivera à son terme.
  • Le 1er web-livre. Espérons que ce ne soit pas le dernier. Cela dépendra sûrement en grande partie de l’accueil qui sera fait à celui-ci.

Inutile de préciser que ce que j’ai déjà goûté de Radius me plaît — et, oui, j’ai déjà repéré certains auteurs que j’apprécie plus que les autres. Des auteurs ou, plus justement, ne sachant pas qui se cache derrière les pseudonymes, des voix ou des styles.

Mais c’est aussi un pari qui me plaît, un pari sur la confiance et sur la curiosité du lecteur : « achetez notre livre maintenant, regardez-le évoluer sous vos yeux » — mais ce n’est pas un secret que j’apprécie ce qui (me) permet de sortir des routines de lecture.

Pour vous faire une idée du projet, une partie du livre est accessible sans inscription et gratuitement. Le reste du projet est disponible après inscription — 15€ jusqu’au 30 janvier 2015 (29€, ensuite): Radius.

![Radius 2](http://davidbosman.fr/blog/wp-content/uploads/2014/12/radius_2.png)

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La triche

C’est marrant quand, sur une recherche, Google te renvoie à la figure ta propre prose :

Si votre enfant a triché: réjouissez-vous: c’est l’indice qu’il a compris que nous visons dans un monde où il n’y a plus de place pour l’échec ou l’incertitude, où tous les moyens sont bons pour réussir. (Y compris mettre en péril la réussite de tous les autres étudiant(e)s qui passent le bac en même temps que lui).

(Moi : La triche aux examens, (2011))

(Pensée pour ma nièce qui « est » en examens, cette semaine et la prochaine.)

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Réussir à renoncer

What can you let go of? Think of the things you’re striving for, clinging to … can you let go of them? Before you say no, consider how it might be possible. And when you limit things in your life, see if you can let go of the things that don’t make the cut. (Leo babauta)

En gros : que pouvez-vous lâcher dans votre vie ? Avant de répondre que vous ne pouvez renoncer à rien, pensez à tout ce à quoi vous vous accrochez, à ce tout ce que vous désirez : il n’y a rien du tout à quoi vous puissiez renoncer ? Réfléchisez-y.

Réussir à renoncer. C’est amusant comme ces deux mots, réussir et renoncer, mis côte à côte semblent en totale contradiction. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs.

Tout ou presque autour de nous, nous dit que réussir c’est posséder et accumuler : la publicité, bien sûr qui veut tout nous faire acheter (et faire de nous des représentants des marques que nous achetons, comme d’autres font la pub de Tupperware), mais aussi le travail (avoir un bon salaire, avoir un bon poste, avoir des relations, etc.), ne parlons pas de la taille de la voiture (ou du nombre de ses options), même une vie amoureuse ou sexuelle réussie se résume trop souvent à une question de nombre — de nombre partenaires, de nombre d’années de fidélité, de nombre de positions pratiquées — même les amis et les ‘followers’ sont réduits à un nombre. Même les recettes et conseils pour « tenir un blog » sont presque toutes obsédés par les nombres et la quantification : il faut publier assez et assez régulièrement, mais pas sur des sujets trop variés, il ne faut pas faire trop long, ni trop court, etc., pour fidéliser les lecteurs. Des lecteurs qui sont eux-mêmes réduits à un nombre : des statistiques soigneusement analysées et disséquées.

Plus ici. Cela fait quelques années maintenant que j’ai renoncé à Google Analytics : je ne sais pas d’où vous venez, ni combien vous êtes à passer — sans doute, vous n’êtes plus très nombreux depuis que Apple ou même Markdown ne sont plus au coeur du blog — et c’est très bien ainsi.

C’est très bien, pour deux raisons :

D’abord, parce que vous ne connaissez de moi que ce que je choisis de publier, ici ou ailleurs. Il n’y a aucune raison que moi, je connaisse de vous autre chose que ce que vous choisissez de me/nous dire ici dans les commentaires, par email ou sur Twitter. C’est bien beau de hurler au scandale de la NSA et de Google qui espionnent tout… C’est pas plus con de commencer par faire le ménage chez soi.

Ensuite, c’est la raison le plus égoïste, mais/donc pas la moins importante : avec ces stats, je m’étais créé un nouveau besoin (vous analyser), aussi idiot qu’il était dépourvu de sens puisque je n’ai jamais accepté de pub ni de publirédactionnel. Mais peu importe que ça n’avait aucun sens : chaque jour ou presque, je me surprenais à regarder les stats pour savoir qui vous étiez, à me demander pourquoi tel ou tel article marchait mieux ou moins bien que les autres. Du temps perdu.

Je ne pense pas que cela ait jamais influencé ma façon d’écrire (suffit de parcourir les dix années d’archives du blog pour s’en assurer), mais une chose est sûre : virer les stats m’a libéré du temps et, plus que tout, de l’attention. Du « temps de cerveau disponible » dirait l’autre con de TF1. Du temps de mon cerveau. Du temps disponible que j’emploie à autre chose qu’à me laisser distraire par ce qui n’est que ça, une distraction : le bruit d’un compteur qui tourne à chaque affichage d’une page, à chaque clic.

Sans ce bruit constant, sans cette carotte en plastique placée sous le nez de l’âne que je suis, je peux me concentrer sur ce que je veux dire, je peux hésiter en mâchouillant mon crayon — je peux même décider de ne rien écrire ou alors de ne rien publier de ce que j’écris. Je peux faire autre chose, ou même ne rien faire du tout.

Vaguement sur le même sujet :

Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

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Bâtir une culture

Il faut encourager et s’approprier les outils qui ne sont pas de simples extensions aux logiciels que nous connaissons. Il faut critiquer et abandonner ces logiciels qui n’ont jamais été prévus pour le numérique et qui freinent le développement d’une culture propre, qui restent sur un paradigme dans lequel le numérique n’est qu’un sous-produit auquel nous ne sommes même pas invités à penser.
(…)
Et il faut encore réfléchir à ce que peut être un livre numérique, ne pas se reposer sur ceux qui n’ont pas l’imagination pour le faire, ne pas faire confiance à ceux qui ont déjà prouvé qu’ils n’avaient pas vraiment d’idées
(…)
Et tout cela passera par le partage et l’échange ou ne passera pas. Il faut que ceux qui créent participent à la construction de cette culture, en expliquant leur approches et leurs méthodes.
@JiminyPan : Bâtir une culture

Je n’ai rien à ajouter à cette proclamation, à part un grand merci — et oui, je dis ça alors que je persiste à bidouiller le dinosaure Word à côté de Markdown, à faire coexister TXT et DOCX dans ma boite à outils.

Vaguement sur le même sujet : Quel est l’avenir de Pages ?

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