La puissance du papier

Pour quand la typographie perdra son uniformité, aujourd’hui trop régulière, trop binaire, trop information pure. Il manque la marque de la vie, de l’agacement, de la folie, de l’ennui… Autant de signes perceptibles au premier coup d’œil à travers la forme des lettres, leur taille, leur inclinaison, les ondulations des phrases, des marges… autant d’indice pour trouver au-delà de toute sémantique, au-delà de la bêtise d’un moteur de recherche.
(…) l’écriture manuscrite, encore vivantes pour quelque temps, sans doute trop peu de temps pour que j’y revienne.
Par-devers moi, le papier reste puissant pour l’écriture, plus que pour la lecture d’ailleurs, c’est un paradoxe, une frustration

Une réflexion intéressante à lire chez Thierry Crouzet : La puissance du papier.

La question du support d’écriture et de sa souplesse — sa capacité à me laisser travailler comme je le veux — m’intéresse tout particulièrement. Tout comme ce que fait remarquer Thierry sur la capacité de l’écriture manuscrite à conserver des métadonnées inattendues : humeur, enthousiasme, état de forme, etc.

Comme Thierry, je n’ai toujours pas trouvé dans l’informatique de quoi remplacer l’écriture manuscrite dans ce qu’elle a de plus immédiat et de plus informel. Et c’est une frustration.

Si je continue à chercher mieux, en attendant c’est à la main que j’écris une partie de mes notes. Notes que je scanne ou photographie ensuite et qui vont cohabiter avec mes autres notes — celles que je prends directement sur le Mac, ou sur l’iPhone ou l’iPad (ou même sur un PDA, avant ça).

iPad et papier, et alors ?

Les deux technologies ont donc appris à vivre ensemble, avec moi — et moi, à vivre en bigame assumé. Depuis un moment.

Notesplaton
Notes de lectures de 1998, époque où je me faisais les dents sur Platon.

Si j’ai toujours le carnet original d’où est tirée cette page — d’un cahier ATOMA, pour les plus curieux — je suis bien plus tranquille de savoir mes notes stockées dans un PDF, sur le Mac et sauvegardées quelque part en ligne. Et c’est sur leur version scannée que je me base pour les relire, pour y chercher une info… L’écriture manuscrite compensant en partie son manque d’indexaton par une profusion de points de repères visuels, directement sur la feuille à côté ou dans le texte lui-même.

Relire, plutôt que faire un Cmd+F dans Spotlight ? Oui. Et relire, aussi, pour… recopier, si/quand j’en ai besoin.

Cela peut sembler une scandaleuse perte de temps mais, en ce qui me concerne du moins, c’est tout le contraire.

D’abord, je ne recopie pas mot à mot ces notes, j’en ai déjà parlé : je les feuillette et les transcrits ensuite de mémoire, en me basant sur les premiers mots lus — et je ne me réfère au texte qu’en cas de gros doute. On peut donc aussi voir la note manuscrite comme un premier jet, et sa version numérique comme quelque chose de déjà un peu plus raffiné.

Ensuite, c’est aussi une façon de faire un premier tri dans les notes : tout conserver revient souvent à ne rien conserver du tout — pouvoir jeter et oublier n’est pas un crime, quoi qu’en pense Google.

Enfin, et c’est le plus important pour moi : c’est une façon de réfléchir sur mes notes, qui ne sont plus une simple accumulation de faits ou d’idées à réagencer dans un fichier mais une occasion de rebondir, de prolonger ou de m’étonner moi-même et de partir dans une tout autre direction que celle de la note de départ. Relire me fait réfléchir à ce que j’ai écrit. Quelque chose que je ne retrouve évidemment pas lors d’un simple copier-coller où je peux manipuler des milliers de mots sans même en lire un seul — quelque chose qui est au moins aussi utile, bien entendu.

Bref, écrire à la main n’est pas forcément le plus efficace, ni même le plus rapide. Mais c’est peut-être dans ce manque d’optimisation ou d’efficacité que, dans certains cas, je trouve mon meilleur allié : un espace dégagé, où je peux hésiter et m’étonner… où je puisse aussi me retrouver, même des années plus tard.

Il ne faudrait pas grand-chose pour que l’informatique remplace l’écriture manuscrite — pour moi.

Comme le signale Thierry dans son billet : moins de régularité, quelque chose de moins impersonnel dans son apparence. C’est essentiel : quand je relis mes notes, je suis chez moi. Ce sont mes notes comme le démontrent ces indisputables pattes de mouche qui me tienne lieu d’écriture (et encore, à l’époque ça restait lisible). C’est comme une vieille paire de pantoufles, abîmées mais tellement confortables.

Il faudrait aussi, enfin, sortir de la « querelle » des formats de fichiers. Non pas en adoptant le confort mou, et si lourd, du WYSIWYG à la Word, ou au contraire en se vouant à l’austère ascétisme du TXT. Mais en trouvant un juste milieu, quelque chose à mi-chemin des deux… Quelque chose que l’on devine, vaguement au loin, derrière une app comme Ulysses III ou encore Day One — qui parviennent déjà à rendre le TXT plaisant à feuilleter sans pour autant le transformer en monstrueuse usine à gaz, façon Word ou LibreOffice, lourd à manipuler et à modifier. Day One stockant automatiquement quelques métadonnées intéressantes, avec chaque note : musique écoutée, lieu, météo et heure. Si on est loin de ce que révèle l’écriture manuscrite sur son auteur, c’est déjà un énorme pas en avant pour permettre de retrouver qui — où et dans quel état — on était, quand on se relira dans quelques années.

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Payer pour avoir mal ?

Non, je ne parle d’entretenir des relations SM tarifées chez une Maitresse Machine ou un Maitre Machin, mais bien de s’appliquer à soi-même des chocs électriques pour se motiver à mieux faire/à mieux être. Et cela grâce à un petit bracelet, judicieusement nommé Pavlok, qui se charge de nous envoyer des décharges dès que l’on fait ce que nous ne devrions pas, ou ne faisons pas ce que nous devrions faire.

It is a bracelet that gives you electric shocks if you don’t achieve the set goal.

Ce bracelet à la « jolie finition brillante » (dixit la vidéo ) sera vendu 250$ et nous permettra donc, enfin, de « cesser de glander et d’être fainéant » ou « de ne pas atteindre nos objectifs », sinon prend ça dans ta gueule, connard. En gros.

The Pavlok bracelet will be launched via crowdfunding in September and it is planned to be sold for for 250$ in early 2015 to people who want to fulfill their dreams of eliminating procrastination and laziness. With this accessorize you’ll never oversleep again or hesitate to open an unhealthy bag of chips.
Shock Therapy for a Better Self.

Sérieux, pas sérieux ? Éternel vaporware ou gadget de l’année ? Pour tout vous dire, je m’en fiche un peu du bracelet. Ce qui m’intéresse, par contre, c’est l’idée qu’un appareil infligeant des douleurs, même légères, puisse répondre à un besoin, pardon, à un « rêve » que nous aurions tous en commun : cesser de glander ou d’échouer. Être efficace.

Ce serait donc un rêve si essentiel pour nous, que nous serions d’accord de payer pour subir la Colère, toute mécanique, d’un bracelet qu’on chargerait de nous gendarmer ou de nous gronder ?

Je revendique le droit de ne pas être efficace — de glander, de sortir des sentiers battus, de me perdre en chemin, d’essayer et de laisser tomber ou d’échouer, de rater le train, d’arriver en retard, ou en avance, de regarder les nuages plutôt que l’écran de mon ordinateur — du moins tant qu’on ne m’aura pas annoncé que je ne suis rien d’autre qu’une machine dont la viela fonction consiste à exécuter une tâche ou une autre le plus efficacement possible, pour amortir ce que je coûte à mon propriétaire et pour le satisfaire… jusqu’à ce que je sois remplacé par un modèle plus performant, et moins coûteux.

Je revendique le droit de ne pas être noté, d’expérimenter et d’être curieux sans autre objectif que l’envie d’essayer — du moins tant qu’on ne m’annoncera pas que ma vie se résume à celle d’un enfant enfermé dans une salle de classe. Misérable élève, condamné à vie à l’école, qui attend de recevoir les bonnes ou mauvaises notes de son institutrice ou de son instituteur.

Je revendique le droit de glander et de ne pas devoir me punir moi-même pour ça, ni laisser personne me punir — tant qu’on aura pas proclamé le rétablissement de l’esclavage, et que je n’ai qu’à fermer ma gueule si je ne veux pas me goûter du fouet, et dépêche-toi de bosser si tu veux bouffer ce soir, charogne.

Et si je veux simplement m’améliorer, mais que je n’y arrive pas tout seul, ce gadget ne serait-il pas utile quand même ? Comme un coach de poche, en quelque sorte, qui me crierait en permanence dessus comme le sergent instructeur dans le film Full Metal Jacket ?

Je ne sais pas, mais j’ai une question : depuis quand (se) donner des claques est-il le signe d’un mieux-être ?

Mais qui suis-je pour me moquer de cette potentielle invention pleine de bonnes intentions ? On vend bien des colliers pour faire taire, à coups de décharges électriques, les chiens trop bruyants et des médicaments pour faire se calmer, à coups de drogues, les enfants trop turbulents.

Pour finir en musique, je ne vois pas mieux que Vian :

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The sound of typing

The sound of typing is one reason to own a vintage manual typewriter — alas, there are only three reasons, and none of them are ease or speed. In addition to sound, there is the sheer physical pleasure of typing; it feels just as good as it sounds, the muscles in your hands control the volume and cadence of the aural assault so that the room echoes with the staccato beat of your synapses.

You can choose the typewriter to match your sound signature.

Remingtons from the 1930s go THICK THICK. Midcentury Royals sound like a voice repeating the word CHALK. CHALK. CHALK CHALK. Even the typewriters made for the dawning jet age (small enough to fit on the fold-down trays of the first 707s), like the Smith Corona Skyriter and the design masterpieces by Olivetti, go FITT FITT FITT like bullets from James Bond’s silenced Walther PPK. Composing on a Groma, exported to the West from a Communist country that no longer exists, is the sound of work, hard work. Close your eyes as you touch-type and you are a blacksmith shaping sentences hot out of the forge of your mind.

Try this experiment: on your laptop, type out the opening line of “Moby Dick” and it sounds like callmeishmael. Now do the same on a 1950s Olympia (need one? I’ve got a couple) and behold: CALL! ME! ISHMAEL! Use your iPad to make a to-do list and no one would even notice, not that anyone should. But type it on an old Triumph, Voss or Cole Steel and the world will know you have an agenda: LUGGAGE TAGS! EXTENSION CORDS! CALL EMMA!

Tom Hanks: I Am TOM. I Like to TYPE. Hear That?

As much as I like this sound, it’s the reason why I can’t use my typewriter in our small paper-thin-walls parisian flat. Neighbours really don’t seem to appreciate this kind of music—neither does my friend, to be honest ;)

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Fuji ScanSnap S500(M) sur OS X Mavericks

Si le scanner ScanSnap S500(M) n’est officiellement plus supporté par Fuji — qui ne propose aucun pilote compatible avec Mavericks — il est quand même toujours possible de l’utiliser, en installant VueScan.

Vuescan

La version de base de l’application, à 39.95$, suffit pour accéder au mode recto verso ainsi qu’à l’avaleur de documents et aux réglages essentiels. La version pro offre plus de paramétrages et, il semblerait, un OCR.

VueScan n’est pas forcément très convivial — mais il n’est certainement pas pire que l’application officielle de Fuji. Ce n’est donc pas un souci.

Il plante de temps en temps (2 fois sur 400 pages traitées, jusqu’à présent) mais comme il a la bonne idée d’enregistrer au fur et à mesure les pages dans un PDF, on ne perd au maximum que le scan de la dernière feuille.

Pour info, VueScan permet aussi d’utiliser le ScanSnap S500 pas M sur OS X. Fuji proposant à l’époque un modèle du scanner uniquement pour Windows, le S500, et un autre uniquement pour Mac, le S500M, qui étaient théoriquement incompatibles — une belle entourloupe de Fuji, puisqu’il suffisait d’installer les pilotes japonais sur le Mac pour que le scan version Windows fonctionne. Bref, le S500 est supporté par VueScan.

J’étais assez agacé de voir que ce scanner en parfait état de marche ne fonctionnait pas sur Mavericks, sans autre raison que la décision de Fuji de ne plus le supporter.

Vous me direz, il est vieux, il faut bien que Fuji gagne sa vie, etc. Certainement. Mais de là à me pousser à jeter un scanner en parfait état de marche ? Surtout vu son prix. J’aurais volontiers payé pour la mise à jour du pilote, si Fuji l’avait proposée.

Tant pis pour Fuji, c’est VueScan qui en profite. Et il n’est pas sûr du tout que je rachète un scan Fuji, quand celui-ci tombera réellement en panne — dommage, car je n’ai jamais eu quoi que ce soit à reprocher au scanner lui-même, c’est un excellent appareil.

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