Catch up

When we surround ourselves by want it’s natural to buy into it, even if on a subconscious level. The thrill of the hunt and staying hip and relevant is a carrot that will forever be just out of reach.
Lately the more I browse through cool new things online, the more it all blurs together. So, while I will admit am still a sucker for the latest and greatest I have caught myself becoming less and less interested in sites that constantly feature new products because it is starting to make me feel as though I will never catch up.
John Carey: All The Things, via Minimal Mac.

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Écrire, c’est lancer des pavés

Au départ, il y a la révolte. (…)
La révolte est une colère intérieure. Une sorte de bouillonnement sourd, difficile à canaliser à travers la parole, alors même que, lorsqu’on a treize ou quatorze ans, tout le monde exige une certaine tenue dans le langage et l’expression des idées. Les idées propres – mais brouillonnes – qu’on émet à l’adolescence sont souvent dis-qualifiées : on est « très jeune » ; on est encore « idéaliste » ; on « ne connaît pas encore la vie ». Tout ça n’est pas faux (je ne vois plus le monde comme à quatorze ans) mais il est faux et cruel de laisser entendre à un adolescent que sa colère et sa révolte vont s’éteindre « naturellement ». En ce qui me concerne, elles sont encore là, bien vivantes.
(…)
Écrire, au début, c’était mettre les pieds dans la mare, c’était crier « j’en ai marre ». Il suffit d’ajouter un « e » et de déplacer l’autre pour transformer « crier » en « écrire » et, au fond, c’est ce que j’ai fait. À quatorze ans, je me suis assis à ma table, j’ai pris un stylo, un cahier, et je me suis mis à aligner un mot, une phrase après l’autre, dans un cahier puis beaucoup, et j’ai écrit un «Je refuse », sur le modèle du « J’accuse » de Zola, dans le souffle brûlant de mes tourments d’alors.
Déjà, j’étais « contre ».
Martin Winckler et Marc Zaffran : Écrire, c’est lancer des pavés

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Réticences

Je me répète, j’en ai déjà parlé sur Twitter, mais le projet de François Bon de traduire le carnet de 1925 de Lovecraft — le seul de ses journaux ayant survécu — est passionnant.

Je le lis avec gourmandise, non seulement comme le feuilleton d’un voyage dans ce New York de 1925 en compagnie de Lovecraft, à la découverte de son quotidien. Mais plus encore, et c’est à mon avis ce qui rend cette traduction tout particulièrement passionnante à suivre, pour le choix de François d’accompagner chaque entrée d’une présentation/résumé du New York Times du jour et d’un commentaire qui donne plus de contexte — d’épaisseur ? — aux (très très) brèves entrées du journal de Lovecraft.

Un commentaire qui nous donne étrangement (ou pas, quand on connait le travail de défricheur de François) — à François comme à nous, ses lecteurs — l’occasion de partager avec Lovecraft notre enthousiasme et notre étonnement, mais aussi des doutes et des incompréhensions de bien des choses bien d’aujourd’hui.

Bref, c’est un rendez-vous auquel je me rends chaque fois avec énormément de plaisir, et que je me réjouis de voir se renouveler tout au long de l’année.

Cent quatre-vingt-quatre pages pour le New York Times du dimanche, et un supplément littéraire (avec Cocteau comme représentant de la gastronomie littéraire française) dans lequel Lovecraft doit mesurer à chaque titre la distance infranchissable qui le sépare de la littérature avec représentation sur société, et ça n’a pas beaucoup changé. Mais il y a au moins cette page qu’il a dû lire [note de David: où le journaliste parle de la richesse de l’écriture à la plume, comparée à la dactylographie « mécanique ».] C’est un article intelligent, dont tout le développement semble inaugurer ce qu’on appellera plus tard la génétique des manuscrits. Mais c’est le début que je recopie : la façon dont la machine à écrire provoque les mêmes réserves et réticences que nos ordinateurs soixante-dix ans plus tard.
François Bon : Le carnet de 1925 de Lovecraft, dimanche 18 janvier

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